© Patrick Derom Gallery, Brussels

POL BURY

COTE JARDIN

Exhibition organized at the Van Buuren Museum, Brussels

2009

1/21

En 1938, alors âgé de 16 ans, Pol Bury entame des études artistiques (peinture-dessin) à l’Académie des Beaux-arts de Mons. À cette époque, il fit une première rencontre importante en la personne d’Achille Chavée, un maître à penser du surréalisme en Wallonie. L’œuvre de Bury naît dans un contexte surréaliste à la fois belge et international. Ses premières œuvres subissent clairement l’influence d’un Magritte ou d'un Tanguy. Mais il quittera rapidement le surréalisme orthodoxe qui aura – notons-le - une répercussion sur son œuvre abstraite et cinétique ultérieure. En effet, cette attirance pour l'inconscient l'amènera à la réalisation de mouvements inattendus et hasardeux. Entretemps, Bury fait la connaissance du groupe CoBrA – créé en 1949 – par l'intermédiaire de son ami Dotremont. Il y découvre un anticonformisme et une liberté expérimentale qui le séduisent. Cependant, il n'adhérera jamais réellement à ce mouvement, plus attiré par l'abstraction géométrique au début des années 50. A cette époque, il fait la connaissance de l'œuvre de Calder. C'est le plus grand choc de sa carrière qui le conduira au "spatialisme". Avec d'abord quelques expérimentations de reliefs mobiles colorés, Plans Mobiles, Bury démarre un travail autonome. Il crée alors ses Ponctuations qui feront naître des œuvres à la fois tableaux et sculptures, présageant des mécanismes électriques qui feront bientôt partie intégrante de sa création. La notion de temps y prend dès lors une importance particulière : les reliefs de Bury ne se meuvent pas naturellement, non, ils bougent lentement, imperceptiblement, anarchiquement.

 

Il ne fallut pas longtemps pour que Bury soit pris sous l’aile de grandes galeries parisiennes telle la Galerie Denise René et plus tard, la galerie d’Aimé Maeght. Ensuite, en compagnie d’initiateurs comme Soto, Tinguely et Vasarely, sa carrière internationale prendra son envol. De 1966 à 1968, il passera d’ailleurs plus de temps à New York qu’en Europe. Ne travaillant alors que le bois, il commence à s’intéresser au métal lui permettant d’utiliser des systèmes magnétiques qui donneront place à plus de hasard dans le mouvement qu’il désire créer.

 

En 1976, avec sa première fontaine hydraulique et son plafond de la station du métro bruxellois de la Bourse, l’œuvre de Bury prendra un nouveau tournant: il se consacrera de plus en plus à la sculpture monumentale. Depuis lors, il n’a cessé de concevoir de nouvelles fontaines, toutes plus surprenantes les unes que les autres, utilisant successivement les cylindres, les sphères, les coupelles et les triangles, le tout en acier inoxydable. Dans ces fontaines, l’eau est utilisée pour déséquilibrer l’équilibre instable de volume d’acier.

 

À partir de 1980 mais surtout dans les années 90, elles intégreront les paysages urbains des quatre coins du globe: la fontaine pour le Guggenheim Museum à New York (1980), la fontaine pour la Provinciehuis à Anvers (1981), la fontaine pour le Palais Royal à Paris (1985), une autre installée Boulevard du Roi Albert II à Bruxelles (1995), …

 

Ses reliefs et ses sculptures cinétiques ont donné à Pol Bury sa place dans l’histoire de l’art du XXe siècle. Il est maître du mouvement lent; il maîtrise le temps dans ses réalisations mobiles qui surprennent à tout moment le visiteur. Ses fontaines participent à la même veine et déconcertent de la même façon. Elles dégagent à la fois quelque chose de troublant et une grande sérénité. Elles amusent et s’installent dans tout espace où l’eau peut jouer: ville ou campagne, parc historique ou espace contemporain... Qu’elles soient à tubes ou à bulles, en acier, en cuivre ou en une autre matière, les fontaines de Bury font appel au génie créateur de l’artiste et à son imagination technique et mathématique.

 

Pol Bury est décédé le 27 septembre 2005 à Paris alors qu’une importante exposition de ces fontaines était en cours au Chateau de Seneffe. Il avait lui-même choisi ce lieu, estimant que « quand une fontaine est dans la nature, elle atteint son point final, son apogée. Elle respire et s’oxygène. »