© Patrick Derom Gallery, Brussels

FABIENNE VERDIER

FIORETTI

2013

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Il y a quatre ans, le Musée Groeninge de Bruges m’a proposé une exposition qui était un véritable défi: travailler à partir des chefs-d’œuvre du musée – de Van Eyck à Memling – et présenter ensuite les tableaux réalisés dans les salles mêmes du musée.

 

Au cours du lent travail de contemplation qui a précédé la réalisation des œuvres, j’ai progressivement perçu comment les maîtres flamands avaient inventé cette relation nouvelle en Occident, à la fois physique et morale, entre l’homme et la nature et comment celle-ci était en miroir avec l'enseignement philosophique et esthétique que les lettrés chinois m'avaient transmis pendant près de dix ans en Chine. Ainsi, pour moi, pour la première fois, ce que m’avait donné la pensée chinoise ne faisait plus qu’un avec le langage de la peinture européenne.

 

L'extrême attention des peintres flamands aux manifestations les plus infimes des éléments de la nature m'a véritablement bouleversée et m'a amenée à explorer la complexité du réel par les formes spontanées, vivantes dont la leçon de l’unique trait de pinceau avait façonné mon esprit. L'herbe folle, le fragment de roche, le reflet de l'eau ont ainsi surgi subitement comme un retentissement intérieur. Et je ne sais par quel mirage, le dynamisme du pinceau a transcrit une présence sur le papier ou sur la toile, créant une sorte de cosmogonie intuitive. Les éléments de la matière: l'eau, l'air, les nuages, le végétal, le minéral, nos songes ou nos rêveries se sont rencontrés dans une singulière coïncidence. Un mouvement, une sorte d'élan de l'âme paraît alors donner corps et animer la forme. L'encre jaillit soudainement et s'écoule naturellement. Ce fut pour moi une grande joie d'être à l'écoute et de peindre ces variations sur un même thème.

 

Cette expérience autre acquise auprès des maîtres flamands m'a mise sur la voie d'une possibilité de répondre par le pinceau à l’émerveillement devant toute chose du monde, jusqu’à la plus infime – un brin d’herbe, un reflet de lumière...– à la façon de ces Fioretti de François d’Assise ou de cette louange de la vie simple qu’est le Cantique à notre frère soleil:

 

Loué sois-tu, Seigneur, pour frère Vent,

et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps:

(...) Loué sois-tu, Seigneur, pour soeur notre mère la Terre,

qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits,

avec les fleurs diaprées et les herbes.

Fabienne Verdier, décembre 2012.